n° 912 – Les Surréalistes belges – avril 2005

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Incompatibles : tels apparaissent, en regard du surréalisme français ceux qui en Belgique ont pris ou ont reçu le nom de surréalistes. Qu’on en juge. On trouvera ici des poètes reconnus à Paris et des provinciaux volontaires, des engagés des Brigades internationales et des marchands de tableaux londoniens, des musiciens d’église et des faussaires en billets. Sans qu’il soit besoin, ce qui est un comble, qu’un clou chasse l’autre et que l’exclusion — pratiquée avec l’invective comme un sport de combat dès 1923-1924 — empêche d’insoupçonnables rapprochements et des fidélités surprenantes. Ils auraient en commun précisément cette seule force d’incompatible qui interdit au vieux peau-rouge Achille Chavée de jamais « marcher en file indienne », isole Paul Nougé de la gloire littéraire dont il ne veut à aucun prix, pousse Louis Scutenaire à préférer continûment les « souteneurs, les bataillonnaires et les bagnards » et suggère à Marcel Mariën les plus admirables supercheries. Sans égards pour le surréalisme français mais sans distance excessive avant la grande rupture de 1945-1946, les surréalistes belges ont mis en avant la subversion systématique, la mise en danger du langage et l’exaspération de la banalité plus volontiers que la merveille, le rêve ou la magie. Ils ne les ont pas pour autant négligées. Leur érotique est prodigieusement libre en regard de certaines circonlocutions parisiennes. Leur révolte soucieuse des circonstances politiques se manifeste constamment sans abdiquer l’ironie, sans négliger la parodie.

S o m m a i r e – P r é f a c e

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